Une à une, les pages se tournent aux Etats-Unis.
Obama prépare son équipe dans un esprit d'ouverture et met son empreinte pour entrer rapidement dans le vif du sujet.
Dans 48 jours il sera à la Maison Blanche.
"Je suis sûr que certaines personnes ont voté Obama à cause de moi" a reconnu George Bush, dans un moment de lucidité.
Avant de faire ses cartons, W essaye de retoucher un peu la photo si sombre qu'il laissera de ses huit années de présidence. Le paria, le repoussoir - que McCain ne voulait surtout pas voir pendant la campagne, va de télévision en télévision faire sa tournée d'adieux. Comme toujours, on s'interroge : est-il aussi bête qu'il en a l'air ou est-il plus rusé que ce que l'on croit ?
Lundi, les américains - qui l'avaient tant soutenus avant de manifester leur défiance, l'ont retrouvé sur ABC dans une longue interview enregistrée, qui commençait à la Maison Blanche, se poursuivait en hélicoptère pour rejoindre la résidence de Camp David, et s'achevait au coin du feu, George W ayant ôté sa cravate…
Et que dit-il, le toujours président des Etats-Unis d'Amérique ?
Première question sur la pire crise depuis 1929, les faillites, les saisies immobilières, le chômage... sujet numéro un pour les américains :
- "I'm sorry…Je suis désolé que ça soit arrivé, bien sûr". Et d'expliquer que les problèmes de Wall Street étaient là avant qu'il ne soit président… Il est désolé. Pas l'once d'un début d'interrogation critique.
- Puis il parle du caractère inattendu des attentats du 11 septembre, et il confesse, avec une certaine franchise : " je pense que je n'étais pas préparé à la guerre"….
Ça, on a remarqué. C'est vrai que quand il a été élu, en 2000, le gouverneur du Texas était une sorte de plouc républicain du fin fond de l'Amérique, et voilà qu'il se retrouve à vouloir jouer les shérifs du monde…
-Quel héritage pensez-vous laisser, lui demande le journaliste ? "J'ai libéré les Irakiens et les Afghans" dit George Bush… et il semble y croire un peu.
- Et s'il pouvait changer quelque chose avec le recul ? "Mon plus grand regret, c'est le fiasco du renseignement en Irak sur les armes de destruction massive".
Donc pas de sa faute, là non plus… c'est la CIA, le coupable.
En fait, Georges Bush ne renie en rien ses décisions militaires...
Rien sur le fond. A la marge, il tente de corriger un peu le tableau. Sur CNN il a regretté ses expressions martiales : l'axe du mal, vous êtes avec nous ou contre nous, Ben Laden mort ou vif, etc. Il reconnaît, à la façon de l'inspecteur Colombo "Ma femme m'avait pourtant dit de faire attention. J'essayais de faire passer un message, j'aurai pu le faire de façon plus subtil".
Plus subtil… c'est le mot, Mr Bush !
L'histoire retiendra que Bill Clinton a failli être destitué à cause de sa liaison avec Monica Lewinsky, alors que Bush - bien qu'il ait menti sur l'Irak, bien qu'il ait déclenché sur des mensonges cette guerre qui a fait des dizaines de milliers de morts… Bush n'a pas été inquiété… Il a même été réélu président en 2004. Et en 2008, il laisse à Barak Obama un monde en pleine tourmente. Chapeau, Mr President !
Pourtant, il dit qu'il a été joyeux à la Maison Blanche, qu'il a consulté la Bible tous les jours et il a cette phrase un peu étrange "Le consolateur en chef… finit par être celui qu'on console."
Il n'y aura pas grand monde pour le consoler.